L’homme trou noir

Théophile a une grosse trentaine d’années. Pas d’amis, mais il voudrait tellement en avoir. C’est un collègue de travail. Petit à petit, insidieusement, il commence à parler de sa vie, des antidépresseurs, des psys qui le suivent depuis ses quinze ans, de sa vie vide de sens. Il s’impose avec sa morosité et toi, éponge empathique, tu t’imbibes de tout ça, à ton corps défendant au début, mais finalement en te disant qu’aider quelqu’un ça pourrait ne pas te faire de mal. Espèce de saleté de syndrome du chevalier sauveur.

Il ne parle finalement que de lui, restant parfaitement étanche à toute tentative de te comprendre. Tu as beau lui donner des conseils, tenter d’argumenter face à sa dépression, il n’écoute pas, ou alors pour pouvoir te dire plus tard je te l’avais bien dit ça marche pas.

Théophile se complaît dans sa dépression. Tu te rends compte que tu n’es pas psychiatre, que si des professionnels ne parviennent pas à l’aider depuis des années ce n’est pas toi qui améliorera les choses. Théophile te prend à témoin, t’englobe dans sa dépression. Il transforme tout ce qu’il touche en cendres.

Et puis tu commences à y voir clair, sa tendance manipulatrice, les mensonges par omission, son propre aveuglement. Ce type est une forme de pervers narcissique, te dis-tu, même si ce ne sont probablement pas les bons mots.

Mais il est trop tard. Sa présence physique t’insupporte, il ne se rend pas compte de la perturbation qu’il génère, de la déformation de l’espace qu’il produit autour de lui, comme un trou noir hideux. Il ne comprend absolument pas où se trouve le problème, pourquoi tu l’évites et tu es dur avec lui. Tu n’en peux plus de l’entendre geindre, se plaindre, se complaire. Il finit par obtenir une rupture de contrat, et tu te dis qu’il va enfin se soigner, après un an d’arrêts maladie à répétition. Sauf qu’il a bien manigancé son coup : il avait déjà retrouvé un travail ailleurs. Il pourra probablement s’y trouver de nouvelles oreilles, qu’il espère attentives.

Petites habitudes

Notes mille fois tinté, paroles mille fois résonné…

C’est toujours le même morceau que j’écoute en boucle le dimanche, au moment où je fais la cuisine. La voix de la chanteuse emplit le vide de la maison, occupe les volumes, triomphante, m’accompagne tandis que joyeusement grésille la poêle, tendrement mijote la cocotte. J’ouvre une bouteille de chardonnay, et je bois paisiblement quelques verres. Tandis que le breuvage doré commence lui aussi à me chanter sa chanson, je me demande jusqu’à quel point je suis un cliché. Je sens bien que cette petite habitude est doucement devenue un rituel, mais qu’importe, tant qu’elle réchauffe ma main tavelée et mon coeur desséché.

Lorsque le repas est prêt je m’attable, seul, la tête assourdie d’effluves et les oreilles étourdies de sons, et je mange en terminant la bouteille de vin. Puis, quelque soit le temps, je sors sur la terrasse et fume une cigarette. Enfin, je rentre et m’étends dans le canapé pour le plus souvent sombrer dans le sommeil.

Ces dimanches-là sont rassurants, emplis de petites choses simples. C’est comme un agenda doux-amer, parsemé de jalons comme des fanaux dans la brume. Des feux pour conjurer le vide et l’angoisse, la peine et le chagrin. Je sais pourtant que ce ne sont que des artifices, des pis-aller qui m’empêchent d’avancer, si réconfortants soient-ils. On m’a maintes fois répété de tourner la page, de porter mon regard vers l’avenir, de me débarrasser de ces habitudes auxquelles je m’accroche, à moins que ce ne soit elles qui se cramponnent, comme des peaux mortes que je ne parviendrais pas à abandonner. La vérité, c’est que si ces habitudes disparaissent, je n’ai plus rien.

Lorsque j’émerge de ma sieste, ces dimanches-là, l’esprit encore engourdi dans les limbes du sommeil, je sors, vêtu selon la saison d’un polo ou d’un lourd pardessus, et je me dirige vers le petit bois derrière la maison, un petit kilomètre de marche dont je profite pour me vider entièrement l’esprit. Parfois j’imagine les pensées grises de mon cerveau fuir au vent derrière moi, comme un long panache funèbre sortant d’un improbable cloaque. J’atteins enfin ma destination, passe le portail et marche parmi les tombes, puis arrive bientôt devant celle que je viens visiter. Et je me tiens là, debout, dans le froid le vent la pluie la neige la chaleur la douceur, dans la lumière vive d’un été flamboyant ou dans la pénombre morose d’un novembre finissant.

Comme tous les dimanches.

Black-out

Mardi, 9h50

Les néons se sont éteints, les moniteurs ont brusquement cessé d’afficher quoi que ce soit, et c’est mon collègue Lucien que je viens d’entendre beugler dans le bureau d’à côté. Les onduleurs ont commencé leur perfusion d’électrons dans les veines des serveurs sur lesquels ils veillent : leur bip-bip ressemble à une sérénade mélancolique.

« Ne vous inquiétez pas, ça ne durera pas plus de dix ou quinze minutes, comme d’habitude » entends-je la secrétaire tenter de rassurer tout le monde.

Moi, je m’en fiche, j’ai un ordinateur portable. Je viens de l’éjecter de son socle. J’ai encore trois heures d’autonomie. Je peux continuer à bosser tranquille.

Mardi, 11h45

Plus qu’une heure et huit minutes d’autonomie, me dit Windows avec une précision presque imbécile. Le courant n’est pas revenu. Mes collègues ont promené leur désoeuvrement dans les couloirs. La pause, au début si bienvenue, commence à s’éterniser. Quasiment plus personne ne peut travailler. Les téléphones ne fonctionnent plus non plus, j’apprends ainsi avec surprise qu’ils sont eux aussi tributaires de la fée électricité. Le café est froid. Par la fenêtre, je vois bien six ou sept groupes de gens dehors, en train de fumer ou discuter. Apparemment la panne touche au moins tout le quartier. Les onduleurs se sont vidés de leur sang il y a déjà un moment et un silence étonnant règne maintenant en salle serveurs. Je crois que je vais aller déjeuner. Mais je vais éteindre mon PC avant.

Mardi, 23h30

Je profite des derniers soubresauts de ma batterie pour écrire ces quelques phrases. Plus de courant depuis ce matin. Quand je suis sorti ce midi, il n’y avait pas de métro. Les feux tricolores me fixaient de leurs trois yeux morts. Le restaurant où j’ai mes habitudes servait des sandwichs. Les gens parlaient, se posaient des questions. Je suis rentré chez moi. Pas de télé, pas d’Internet. J’ai ressorti mon vieux radio-cassettes à piles. Aucune émission sur aucune fréquence. Ne sont-ils pas censés avoir des générateurs de secours ? Aucune des personnes que j’ai appelées avec mon téléphone portable n’avait de courant. Je n’ai pas eu le coeur à lire. Je suis resté à regarder le congélateur dégeler lentement et emporter mes victuailles dans la débâcle.

La nuit est tombée, j’ai déstocké des bougies et pu dégotter le briquet que j’avais quand même gardé après avoir arrêté de fumer.

Et me voilà, en train de tapoter sur ce clavier, à la lueur livide de l’écran, qui s’éteindra inexorablement dans quelques minutes (vous devriez enregistrer tout travail en cours, oui, merci Windows).

Je me fais l’effet d’un homme préhistorique blotti près de son feu mourant dans sa caverne froide et obscure.

Et si demain ce n’est pas revenu ?

Silence

La porte de l’appartement claque quand il la referme, et les clés cliquettent dans la serrure. En se retournant, il aperçoit la concierge. Elle descend les escaliers dont les marches grincent sous son poids. Il répond à son bonjour sonore et s’éclipse avant qu’elle se mette en tête de vouloir entamer la conversation.

Il descend jusqu’au rez-de-chaussée en serrant les dents. Depuis l’accident il a la jambe raide. Habiter au troisième sans ascenseur est devenu pénible.

La plainte nasillarde de l’interphone retentit, la porte s’ouvre et le voilà dans le tintamarre de la rue. Il y a des travaux de voirie devant l’immeuble. Aujourd’hui ils y vont au marteau piqueur.

Il longe le trottoir et dépasse une file de voitures à l’arrêt dans les bouchons. Klaxons, rugissements de moteurs. Un bus passe en vrombissant dans son couloir dédié. Trop tard pour le rattraper.

Il y a du vent, les feuilles bruissent dans les ramures. Les oiseaux gazouillent, inspirés par le printemps. C’est une belle journée. Il a bien fait de passer par le parc.

Il contourne la fontaine, son babil et son eau qui clapote. Les graviers crissent sous ses pas. Les gamins de l’école d’en face s’égaillent et criaillent de joie dans la cour, tandis que trillent sporadiquement les sifflets des maîtresses.

Il traverse le boulevard et atteint l’entrée de l’hôpital. Un camion de pompiers rutilant passe à tombeau ouvert dans son dos, sirène hurlante.

Il pénètre dans le hall frais comme une cathédrale. La fille de l’accueil lui sourit, mais ne lui dit rien. Il connait le chemin.

Ici c’est le royaume des semelles chuintantes, des conversations à mi-voix, des silhouettes blanches comme des fantômes pleins de regrets. Mais même après le tumulte extérieur, il n’est pas apaisé par cette ambiance feutrée. Il sent le silence tout proche, le silence qu’il s’efforce de maintenir à distance, le silence à l’affût, attendant qu’il baisse la garde pour entrer à nouveau en terrain conquis. Il se remémore la porte qui claque, les marteaux-piqueurs, les voitures, les enfants, le camion de pompiers.

Il entre sans frapper dans le cabinet du médecin. Ce dernier lui sourit, debout derrière son bureau, et lui serre la main sans un mot. Puis, après l’avoir invité d’un geste à s’asseoir, le praticien s’installe dans son siège et griffonne quelque chose sur un bloc-notes devant lui. Ensuite il le lui tend et il peut lire les mots qui y sont inscrits : « Comment ça va aujourd’hui ? »

Il est vraiment temps qu’il se résolve à apprendre à lire sur les lèvres.

 

Terrassée

J’ai bien cru qu’ils finiraient par me trouver. Mais finalement, non. Les chiens sont bien passés devant ma cachette mais ils ne m’ont pas détectée. Ils se sont fourvoyés à l’autre bout du terrain, je ne sais pas exactement pourquoi. Sans doute que Taureau a suffisamment bien fait son travail. Il a toujours été soigneux.

Je reste donc là, dans mon petit coin. J’ai froid et je me sens à l’étroit.

Il y avait beaucoup de monde autour de moi cet après-midi, tous occupés à me chercher. Taureau était là, lui aussi. Il est resté debout près de la porte du jardin, l’air impénétrable. Avec ses longs cheveux bruns, on aurait dit un totem indien, une de ces statues au regard impavide perdu dans le lointain. Dieu que j’ai aimé cet homme.

Le temps passe. Il y a des odeurs de terre, des parfums d’humus, des petits animaux, des insectes près de moi. Quand les rayons du soleil parviennent à m’atteindre ils réchauffent mes os. Quand la pluie tombe elle s’infiltre et l’humidité est très inconfortable.

Le plus dur c’est quand j’entends les enfants jouer dans le jardin. Avant il y avait des cris, des rires. Maintenant il n’y a plus que de rares chuchotements, des pleurs aussi. Après tout, leur mère est partie, ils doivent beaucoup souffrir. Comme j’aimerais les serrer dans mes bras à nouveau, les chers petits.

Je me souviens de ce soir d’été, la nuit embaumait, il y avait des lucioles dans le jardin. Quand Taureau est rentré il n’était pas lui-même. Il savait depuis longtemps que j’allais partir pour de bon. Je pensais qu’il avait fini par l’accepter. Mais ce soir-là il y a eu des cris. Et puis il a serré ses mains autour de mon cou.

Depuis je suis là, dans mon petit recoin sous la terrasse, couverte par une couche de chaux vive.

Je retourne lentement à la terre.

Si près et si loin.

 

Un soir de juillet 2005, Stéphane D. a enterré sa femme, qu’il venait d’étrangler, sous la terrasse de sa maison. Un an plus tard, redoutant que les gendarmes finissent par trouver le corps, il en a déterré les restes et les a brûlés dans le barbecue en pierre du jardin. En trois fois. Puis il a placé les cendres dans des sacs poubelle et a laissé les éboueurs municipaux se charger de les emporter.

Il a finalement été condamné mais on n’a jamais pu prouver l’intention homicide.

Le Temple des Cent-Dents 7/7

D’abord ce fut un son qui l’aida à émerger. Le martèlement de la pluie, comme une armée de rats au pas de course. Lex ouvrit les yeux et se redressa lentement. La nuit était tombée dehors, mais la pièce semblait telle qu’avant son évanouissement. La douleur dans sa tête s’était amenuisée mais restait là, tapie, prête à sourdre au moindre effort.

Vant s’était volatilisé.

Il n’a tout de même pas réussi à… se téléporter ?

Avec la quantité de magie qui avait saturé la pièce, ça n’aurait rien eu d’étonnant, même si ce type de sortilège était oublié depuis longtemps, et que peu d’érudits y consacraient encore leurs recherches.

Lex se leva, parvenant à tenir la douleur à l’écart. Son bras gauche restait engourdi. Il alla ramasser son bouclier et se le suspendit dans le dos, puis remit son épée au fourreau. Les trois critonniens n’avaient pas bougé. Le malheureux troisième s’était apparemment empalé sur sa lance pendant l’étrange explosion.

Lex jugea qu’il avait eu de la chance. Sans son casque, son crâne eût bien risqué d’être fendu. Ledit casque d’ailleurs était bien cabossé. Il n’osait pas encore l’enlever, de crainte qu’une partie de sa cervelle se répandît librement.

Il fallait partir. Il préférait en effet affronter le marais de nuit et sous la pluie que rester dans ce temple, bien que la chape qui avait pesé sur ces vieilles pierres semblât avoir été levée avec la disparition de l’orbe.

Le vacarme de la bataille n’avait pas attiré d’autres gardes. On pouvait donc en déduire qu’il n’y en avait pas. Et comme Lex n’avait aucune envie de retourner dans les profondeurs obscures pour y croiser de nouveau des crabes géants et autres créatures, il monta les marches vers l’ouverture et écarta les lianes. La plateforme supérieure de la pyramide, présentement battue par la pluie qui avait redoublé, s’offrait à lui. Une demi-douzaine de silhouettes immobiles montait la garde. En approchant, il constata qu’il s’agissait de cadavres de critonniens plantés sur des pieux verticaux. Ils avaient été disposés là pour qu’on les prît de loin pour des sentinelles. Les corps étaient plus ou moins frais, plus ou moins difformes, et aucun n’avait de dents.

C’est alors qu’il comprit que le temple ne devait pas son nom aux cent dents censées s’y trouver, mais précisément à leur absence… ces pauvres bougres étant probablement les Sans-Dents en question.

Il se dirigea lentement vers un des flancs de la pyramide et se mit à descendre avec précaution l’escalier vers le sol. Même en attendant le matin pour partir en bateau, le retour seul dans le marais allait être difficile. Mais au moins aurait-il le temps de se remettre de la trahison de Vant et de réfléchir à la suite des événements.

Le Temple des Cent-Dents 6/7

Ils débouchèrent dans une pièce au sommet de la pyramide. A leur gauche, une volée de marches montait jusqu’à une ouverture masquée de lianes donnant sur le jour pluvieux. La salle était éclairée de torches glissées dans des appliques métalliques. Au fond, sur une estrade de pierre, assis dans une sorte de  trône, se tenait un vieux critonnien qui portait un bâton, au bout duquel flamboyait une gemme blanche. A ses côtés, immobiles comme d’ignobles statues, deux créatures qui ressemblaient à de grands critonniens costauds les scrutaient. L’un d’eux brandissait une énorme masse en bois. L’autre s’appuyait sur une lance. Lex se demanda ce qui clochait chez ce dernier. Il mit un bref moment avant de comprendre que la créature possédait trois bras.

Vant chuchota dans un souffle :

“Le voilà, l’orbe !

-En bonne compagnie, oui”, répondit Lex.

Il ne voyait pour le moment aucun moyen simple de s’approprier la gemme, sans compter que le critonnien assis avait commencé à se lever. C’était probablement lui qu’on prenait pour un dieu.

Tout alla très vite.

Une brève lumière jaillit du bâton de Vant, et aussitôt une sorte de globe translucide, aux reflets bleutés, parcourus de minuscules éclairs, enveloppa le mage. Le faux dieu avait brandi le bâton portant l’orbe, une simple branche tordue mais de belle taille. Un rayon verdâtre dirigé vers Vant en jaillit mais fut stoppé par l’enveloppe bleutée, a priori un bouclier magique pour ce que Lex en savait. Les deux gardes commencèrent à courir vers Vant. Ils étaient grands et puissants, mais plutôt patauds.

Lex jeta un coup d’oeil sur le mage, résolu, totalement concentré sur son adversaire. Vant eut un geste de la main gauche en direction du garde à trois bras, comme s’il chassait un insecte importun. Le critonnien, qui s’apprêtait à lancer son javelot, se figea, tel une statue.

Lex, qui sentait s’évaporer l’assurance que lui avait donnée le combat contre le crabe géant, redevint alors une simple machine à neutraliser et à tuer. Il se dirigea vers le critonnien à la masse brandie, qui se tourna vers lui et abattit son arme. Le bouclier intercepta le coup, et amortit le choc. Un peu seulement. Lex avait beau être un soldat aguerri, il avait rarement affronté un adversaire aussi fort physiquement. L’onde de choc du coup traversa son bras, générant une douleur fulgurante et un engourdissement mal venu. Il vacilla. Il ne restait qu’une chose à faire : lâcher le bouclier devenu inutile au bout de son bras inerte. Ce qu’il fit pendant que le critonnien brandissait lentement des deux mains sa masse au-dessus de la tête. Lex roula tandis que l’arme s’abattait, pulvérisant une dalle de pierre. D’un geste rapide, il enfonça profondément la pointe de son épée dans le ventre du monstre. Le critonnien gémit et porta une main à sa blessure. Lex frappa alors le bras qui tenait encore la masse, pour le trancher net. C’était présomptueux mais le critonnien lâcha l’arme sous la morsure de la lame. Lex l’acheva alors en plein coeur. La créature difforme s’effondra.

Lex se retourna. Toujours emmailloté dans son globe protecteur, Vant dirigeait les éclairs produits par son bâton vers le faux dieu, qui les parait avec le sien. De temps en temps, un flash vert partait de l’orbe pour ricocher sur la protection de Vant. Le deuxième garde était toujours figé dans sa posture belliqueuse.

C’est alors qu’une boule d’énergie se forma autour de l’orbe et jaillit vers le mage. Deux choses se produisirent simultanément quand elle atteignit sa cible : le bouclier translucide disparut, et le bâton de Vant cassa net. Ce dernier se retrouva sans défense, comme nu, un brandon inutile à la main. Le prêtre émit un bruit qu’on aurait juré être un jappement de satisfaction. Lex n’hésita pas. Son adversaire lui tournait le dos, et il n’eut aucun remords à lui enfoncer son épée entre les côtes, transperçant sa poitrine. Il y eut alors un grand bruit, un éclair blanc, et Lex fut projeté dans les airs, pour atterrir brutalement. Tout devint noir…

La tête lui tournait et sa vision était brouillée. Tout semblait teinté de rouge, et il ne savait plus si les éclairs qu’il distinguait étaient réels ou pas. Il se leva et eut un haut-le-coeur. Il n’allait tout de même pas dégobiller en plein milieu d’une bataille !

Mais de combat, il n’y avait plus : le prêtre, l’épée encore plantée en pleine poitrine, se tenait immobile, debout mais replié sur lui-même, au milieu d’un globe d’énergie semblait-il généré par l’orbe. Lex tituba vers Vant mais ne put aller bien loin. Il tomba à genoux, une vive douleur martelant l’intérieur de son crâne.

Vant lâcha les restes de son bâton, et leva une main ouverte. L’orbe et son support semblèrent tomber horizontalement vers lui, puis le corps du prêtre s’affaissa brutalement.

Le mage se tourna vers un Lex qui avait de plus en plus de mal à rester conscient.

“Merci pour votre collaboration, capitaine. L’orbe est trop précieux pour que je le laisse à n’importe quel archimage. Je le garde. Transmettez mes salutations au Plénipotentiaire Khalkâ !”

Des lueurs commencèrent à tournoyer autour de lui. Il sembla clignoter. Puis il disparut, et ce fut le silence. Et le noir pour Lex, qui s’effondra face contre terre.